Antemortem, Livre 1 : Trahison
Chapitre 1(Extrait)
16 septembre 1656. Fort d’Autan, aux frontières de l’Empire Ruinaï.
Père.
Le constat était amer. La fin d’un voyage de six mois, de cités en campagnes, de forêts en montagnes pour prouver au monde que la rumeur ne pouvait être vraie.
Père.
C’était bien lui en contrebas. Adelrik, le maître et fondateur de l’ordre des exécuteurs. Le héros de l’empire Ruinaï. L’homme qu’il avait davantage connu par les légendes et les récits qui avaient façonné l’imaginaire des siens que par sa présence.
Oui, son père était là, face à ceux qu’il avait protégés au péril de sa vie pendant des siècles, horrifiant dans sa sérénité et son absence de doutes. Si cette aura avait autrefois été un réconfort pour les citoyens de l’empire, aujourd’hui elle n’était plus qu’une menace terrifiante. Le cri de la trahison.
Il se tenait droit dans son armure d’écailles typique de son ordre en ruinali, un métal qui donnait une teinte bleutée iridescente quand il était mélangé à l’acier, le visage caché par un casque corinthien du même alliage, son glaive acéré et recourbé pointé vers le sol dans la position de défi des exécuteurs. Il était prêt à fondre sur son propre peuple.
Et derrière lui, la horde.
Une marée de cauchemars qui, pendant des siècles, avait pillé et décimé les cités-États impuissantes. Des colosses de près de deux mètres trente pour plus de cent quatre-vingts kilos à la peau d’un bleu sinistre, profond comme l’océan déchaîné, à la musculature imposante, parfaite et anguleuse, bariolés de cicatrices et de rosaces scarifiées. Leur visage osseux semblait taillé dans la roche, comme s’ils n’étaient tous que fils et filles de marbre et de granit, avec des arcades proéminentes, animales, et d’impressionnants crocs menaçants.
Les armes qu’ils maniaient étaient démesurées. Nulle arbalète chez eux, mais de véritables balistes tenues à la main, des haches probablement capables d’abolir la lourde porte d’ébène qui marquait la frontière vers l’empire à elles seules et des épées forgées pour abattre des géants.
Ils étaient les tauralus, les trolls cruels des steppes.
Des monstres qui avaient hanté toute son enfance tant son père lui avait parlé d’eux. Et, après six cents ans à les traquer avec son ordre, ce père se trouvait dans leurs rangs, face aux siens, devant la muraille d’albâtre des forts d’Autant, le dernier rempart qui leur interdisait l’accès à l’empire et à ses cités-États...
